• les deux tartarins

    les deux tartarins  

    VOCABULAIRE

    Le pont : le pont <<suspendu>>sur le Rhône

    Pere de l’Église : non,mais saint Paul, dans l’Épître aux romains, chapitre VII

    Don Quichotte : le fameux héros,avec son valet sancho panca, du roman (littérature espagnole XVIe siècle.

    Gustave Aimard : romancier populaire du XIXe siècle qui écrit des romans d'aventures et des histoires de peaux-rouges.

    Rifles : carabine rayées, comme en ont les <<trappeurs>>de Gustaves Aimard.

    Mocassins : Chaussures en peau non tannée,utilisées par les sauvages du far-west.

     

    Les Deux Tartarin Avec cette rage d’aventures, ce besoin d’émotions fortes, cette folie de voyages, de courses, de diable au vert, comment diantre se trouvait-il que Tartarin de Tarascon n’eût jamais quitté Tarascon ? Car c’est un fait. Jusqu’à l’âge de quarante-cinq ans, l’intrépide Tarasconnais n’avait pas une fois couché hors de sa ville. Il n’avait pas même fait ce fameux voyage à Marseille, que – 

    tout bon Provençal se paie à sa majorité. C’est au plus s’il connaissait Beaucaire, et cependant Beaucaire n’est pas bien loin de Tarascon, puisqu’il n’y a que le pont à traverser. Malheureusement ce diable de pont a été si souvent emporté par les coups de vent, il est si long, si frêle, et le Rhône a tant de largeur à cet endroit que, ma foi ! vous comprenez… Tartarin de Tarascon préférait la terre ferme.

    C’est qu’il faut bien vous l’avouer, il y avait dans notre hé- ros deux natures très distinctes. « Je sens deux hommes en moi », a dit je ne sais quel Père de l’Église. Il l’eût dit vrai de Tartarin qui portait en lui l’âme de don Quichotte, les mêmes élans chevaleresques, le même idéal héroïque, la même folie du romanesque et du grandiose ; mais malheureusement n’avait pas le corps du célèbre hidalgo, ce corps osseux et maigre, ce prétexte de corps, sur lequel la vie matérielle manquait de prise, capable de passer vingt nuits sans déboucler sa cuirasse et quarante-huit heures avec une poignée de riz… Le corps de Tartarin, au contraire, était un brave homme de corps, très gras, très lourd, très sensuel, très douillet, très geignard, plein d’appétits bourgeois et d’exigences domestiques, le corps ventru et court sur pattes de l’immortel Sancho Pança.

    Don Quichotte et Sancho Pança dans le même homme ! vous comprenez quel mauvais ménage ils y devaient faire ! quels combats ! quels déchirements !… Ô le beau dialogue à écrire pour Lucien ou pour Saint- Évremond, un dialogue entre les deux Tartarin, le TartarinQuichotte et le Tartarin-Sancho ! Tartarin-Quichotte s’exaltant aux récits de Gustave Aimard et criant : « Je pars ! » Tartarin-Sancho ne pensant qu’aux rhumatismes et disant : « Je reste. » 

    TARTARIN-QUICHOTTE, très exalté : – Couvre-toi de gloire, Tartarin.

    TARTARIN-SANCHO, très calme : – Tartarin, couvre-toi de flanelle.

    TARTARIN-QUICHOTTE, de plus en plus exalté : – Ô les bons rifles à deux coups ! ô les dagues, les lassos, les mocassins !

    TARTARIN-SANCHO, de plus en plus calme : – Ô les bons gilets tricotés ! les bonnes genouillères bien chaudes ! ô les braves casquettes à oreillettes !

    TARTARIN-QUICHOTTE, hors de lui : – Une hache ! qu’on me donne une hache !

    TARTARIN-SANCHO, sonnant la bonne : – Jeannette, mon chocolat. Là-dessus, Jeannette apparaît avec un excellent chocolat, chaud, moiré, parfumé, et de succulentes grillades à l’anis, qui font rire Tartarin-Sancho en étouffant les cris de TartarinQuichotte. Et voilà comme il se trouvait que Tartarin de Tarascon n’eût jamais quitté Tarascon.

    « Ce que s'est l'amour ?
    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks Pin It

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :